PYRRHUS II
J’aimerais vous raconter l’histoire, du moins une partie de l’histoire de vie de Pyrrhus II un Youyou du Sénégal.
Il y a plus de 5 ans… déjà… je recevais un mail me proposant – gratuitement – un Youyou du Sénégal.
« Gratuit » pourquoi ?
Parce que plus personne ne pouvait le supporter !
La condition à ce don, était de venir chercher l’oiseau dans les 24 heures…
J’étais alors en voyage au Québec, et je priais mon mari d’aller chercher l’animal.
Ce youyou était un mâle, d’importation, qui avait eu une vie mouvementée.
Acheté une première fois dans une animalerie, il était passé de famille en famille, de vente en revente, d’adoption en adoption, avec quelques retours à la case animalerie.
C’est vous dire le malheur de cet oiseau, arraché à l’âge adulte à sa savane natale, transporté dans des conditions sans doute pas d’un confort optimal, et traité comme une vulgaire marchandise.
Donc ce Youyou était féroce, et le mot est faible !
En attendant que je revienne de voyage, Monsieur Youyou a été mis dans une cage, et la cage dans une pièce en quarantaine.
Les personnes qui lui donnaient à manger en avait une peur bleue : il suffisait que l’on ouvre la porte de la chambre pour qu’il se jette sur les parois de sa cage, le bec ouvert prêt à mordre.
Heureusement que l’on pouvait remplir les mangeoires par l’extérieur de la cage, car mettre la main dans la cage, c’était être assuré de perdre un peu de peau, de chair et beaucoup de sang.
Jamais je ne me suis fait mordre aussi douloureusement par un perroquet.
Il n’est pas besoin de vous dire ce que j’entendais à la maison :
- Quelle idée d’adopter un tel oiseau !
- Que vas-tu faire de cette sale bête ?
- Ouvre la fenêtre et fous le dehors !
- Etc…
Bref, Monsieur Youyou n’était pas le bienvenu, mais moi… je comprenais son malheur, et je comprenais pourquoi il avait tant de haine vis-à-vis des humains.
Que de souffrances subies par ce petit oiseau qui n’était sans doute pas un méchant bougre.
Souvent, dans la journée, j’entrais dans « sa » pièce, je m’asseyais sur une chaise, au début le plus loin possible de sa cage, et je restais là, longtemps, sans bouger, en parlant doucement parfois, juste un peu, et je le regardais, simplement je le regardais pour qu’il s’habitue à ma présence.
Un perroquet, si agressif soit-il ne peut pas rester en position d’attaquant pendant des heures : il fallait bien qu’il se calme, même en ma présence.
Il s’est calmé, mais nous restions campés sur nos positions : lui sur son perchoir, moi sur ma chaise.
Peu à peu, quand j’entrais, il ne se mettait plus en position de combat : il faut dire que jamais je ne suis entrée dans la pièce sans m’annoncer, faire « toc ! toc ! » à la porte.
Je n’ouvrais la porte qu’après m’être annoncée, et je faisais mon petit cri de contact, celui que j’emploie avec tous mes oiseaux.
- Toc, toc,toc, toc, toc, c’est moi !
Au bout de quelques jours, quelques semaines je crois, Monsieur Youyou a commencé à manger en ma présence.
Pour moi, c’était un grand pas en avant !!
Comme c’était un mâle, un mâle adulte, je me suis dit qu’une compagne lui ferait peut-être plaisir…
Au bout de trois ou quatre mois, cinq peut-être, j’ai acquis une femelle Youyou adulte, j’ai acheté une cage exactement semblable à celle de Monsieur Youyou, et j’ai mis Mademoiselle et sa cage dans la même pièce que Monsieur Youyou.
Les deux cages étaient le plus éloignées possible l’une de l’autre, pour respecter le territoire de chacun.
J’ai attendu, observé, attendu encore…
Quand j’ai noté que les deux oiseaux se regardaient souvent, et qu’ils faisaient mutuellement des pas l’un vers l’autre ( un « pas » à ce stage, ce ne peut être qu’un seul regard, qu’un infime mouvement de tête l’un vers la cage de l’autre) alors tout doucement j’ai rapproché les deux cages.
Quand je dis : « rapprocher les deux cages » c’est bouger chacune des cages de 20 cm l’une vers l’autre, sans précipitation, et toujours en parlant doucement aux oiseaux.
Il a fallu plusieurs semaines pour que les deux cages soient l’une contre l’autre.
Puis plusieurs semaines encore pour que les oiseaux se parlent, puis se fassent des bisous au travers des barreaux.
Un beau matin, après des semaines de flirt intensif, j’ai ouvert les deux portes des cages, je me suis assise sur ma chaise et j’ai attendu.
Monsieur Youyou est sorti en premier… calme, mais très attentif à ce que je faisais… J’espérais ne pas avoir envie d’éternuer… cela aurait mis à mal tout le système de confiance que nous avions mis en place, Monsieur Youyou et moi-même.
Je n’ai pas éternué…
Mademoiselle Youyou est aussi sortie de la cage…
La suite ? La suite leur appartient…
Mais je peux vous dire que Mademoiselle Youyou a autorisé Monsieur Youyou à la visiter dans sa cage, puis Monsieur Youyou a élu domicile chez Mademoiselle Youyou
Attention, cela a pris près d’un mois !!! N’allons pas trop vite.
Mademoiselle Youyou acceptais de prendre à manger dans ma main, pas Monsieur Youyou : il continuait d’avoir peur de la main.
Au bout de trois bonnes années, alors que chaque jour j’ouvrais la porte de la cage pour donner une gâterie à Mademoiselle Youyou, et je déposais la même gâterie dans la mangeoire pour Monsieur Youyou, donc après un peu plus de trois ans Monsieur Youyou a pris la première cacahuète au bout de mes doigts alors que j’entrais la main et le bras dans la cage.
Monsieur Youyou et Mademoiselle s’entendaient bien, se faisaient des bisous, se toilettaient mutuellement.
Hélas, il y a quelques mois, Mademoiselle Youyou est morte, et Monsieur Youyou est maintenant veuf, et triste…
Enfin, il était triste…
Il y a quelques mois, j’avais acquis un Pyrrhura pour tenir compagne à Princesse, car son copain Phyrrus s’était envolé.
Princesse m’a fait comprendre qu’elle aimait Pyrrhus, et pas les Pyrrhura en général !!!
Elle n’a pas eu un regard pour le nouveau Pyrrhus que j’ai nommé Pyrrhus II ( il arrive que je sois à court d’imagination pour trouver des noms à mes pensionnaires). Jamais je ne me suis fait mordre aussi douloureusement par un perroquet.
Les perroquets n’aiment pas la solitude, et Pyrrhus II s’est pris d’amitié avec… Monsieur Youyou, qui, il y a quelques temps déjà, fut baptisé : Titus II.
J’ai donc mis un perchoir extérieur sur les parois de la cage de Titus II ( le Monsieur Youyou) et j’ai observé…
Pyrrhus II passait de longues heures sur ce perchoir, Titus II passait de longues heures sur un perchoir de l’autre côté des barreaux, et ils se faisaient des bisous.
J’ai même pu constater que le petit Pyrrhus II entrait sa tête entièrement dans la cage entre les barreaux pour se faire gratouiller les plumes par son copain Titus II
Belle fin pour cette histoire ?
Non, le mot « FIN » n’est pas encore à écrire.
Il y a trois jours, un oubli : on a oublié de refermer la porte de la cage de Titus II !
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Titus II est sorti de sa cage, et a de suite été rejoindre son copain !!
Séances de joie, de plaisir, de gratouilles , de bisous !
Titus II allait sur une cage.. Pyrrhus II suivait…
Pyrrhus II montait sur une corde, une balançoire, un perchoir… Titus Ii le rejoignait.
Le soir, ou pour la sieste dans la journée Titus Ii rentrait dans sa cage.
Et moi, je me tapissais à l’ombre d’un rideau pour observer la scène.
Que de chemin parcouru pour ce Monsieur Youyou !!!
Hier quelle ne fut pas ma surprise d’assister à une longue, mais très longue séance de bisous, puis… j’ai vu Monsieur Youyou nourrir Pyrrhus II.
Là,, j’ai pensé… il va se passer quelque chose…
J’avais raison : Monsieur Youyou est grimpé sur le dos de Titus II pour… lui faire des bébés !!!
Titus II est sans doute « une » Titusse…
Mais Titusse ne veut pas faire des bébés…
Qu’importe, Monsieur Youyou… pour le moment.. lui a dit :
- Je comprends, restons copains
Voilà, vous savez tout ou presque de l’évolution d’un Youyou du Sénégal, qui, il y a cinq ans souffrait tellement qu’il ne pouvait avoir qu’un comportement de combattant, d’agresseur !
Monsieur Youyou n’était pas méchant : il était simplement terriblement malheureux et se sentait noyé dans une insécurité insupportable pour lui.
N’oubliez pas… il a fallu 5 années et un peu plus pour en arriver là.
Mais une chose est certaine : Monsieur Youyou n'a pas vraiment envie de devenir " un perroquet de compagnie"
Nous, les humains, nous sommes les serviteurs de Monsieur, ceux qui lui apportent chaque jours bonne pitance et eau fraîche

Quand l'un est là, l'autre n'est pas loin !
Observez bien sur la seconde photo : je m'étais approchée pour mieux cadrer ma photo : Pyrrhus II me surveille attentivement !!! Son oeil me regarde vraiment alors que quelques secondes avant il faisait des bisous à son copain