Yaho est un perroquet Gris du Gabon qui est en pension longue durée chez moi depuis quelques semaines.
Je suis allée le chercher chez une amie qui, pour le moment, ne pouvait plus avoir ses 3 perroquets chez elle : j’ai embarqué toute la petite famille, cages et jouets compris.
Arrivés à la maison, deux des trois perroquets se sont tout de suite adaptés à leur nouvel environnement, mais pas Yaho !
Le soir même, en arrivant, je constate de Yaho a un œil fermé. Il est immobile, et semble triste sur son perchoir, ce qui est normal.
Le lendemain, un œil toujours fermé, et Yaho ne mange pas : je le crois malade.
Qu’a-t-il pu bien se passer ? Etait-il malade avant de venir chez moi ?
Je téléphone à mon amie pour avoir quelques précisions : Non, me dit-elle, juste avant que tu n’arrives, il faisait le pitre dans sa cage.
Dans un sens, je suis rassurée : introduire de nouveaux perroquets dans un groupe de perroquets déjà constitué, c’est toujours un risque.
Risque de transmission de maladies, d’où l’importance de mettre les nouveaux en quarantaine dans une autre pièce ; risque de voir nos propres perroquets développer une jalousie, un stress, pouvant aller jusqu’au picage.
Bon, Yaho n’était pas malade avant de venir à la maison, mais son œil est toujours fermé, il a la tête basse et les plumes un peu ébouriffées, mais surtout il ne mange pas.
Il ne touche pas aux graines, ni aux fruits, ni même au petit morceau de pain grillé avec une lichette de beurre qu’il adorait chez mon amie.
Je suis inquiète, très inquiète même.
Je lui parle, je l’observe de près, de loin… Il ne bouge pas, il ne mange pas, et je programme une visite chez le vétérinaire.
Le perroquet est un animal très sensible, je parle sur le plan de l’émotionnel, et le stress est un facteur important qui fait très rapidement baisser le système de défenses immunitaires. L’oiseau, rapidement fragilisé, peut développer des maladies dont il était porteur sain.
Je décide de programmer une visite chez le vétérinaire pour le lendemain, c’est-à-dire le troisième jour d’arrivée à la maison.
Au matin du troisième jour, évidemment, ma première visite est pour Yaho : comment sera-t-il ce matin, sans avoir mangé depuis deux jours. ( Je suis certaine qu’il n’a pas mangé, car les graines n’ont pas été touchées, et pas une seule graine ouverte : un perroquet ne mange pas les coquilles des graines).
Je précise que j’avais emporté le mélange de graines qu’il avait l’habitude de manger chez mon amie, donc, je ne pouvais pas mettre en cause le fait qu’il n’aimait pas ces graines là.
Il faut savoir que les perroquets ont le sens du goût très développé et qu’un perroquet Gris du Gabon n’a pas moins de 400 testeurs de goût sur la langue et le palais.
Donc, je m’en vais voir Yaho : Bonheur : l’œil qui était complètement fermé depuis deux jours, et à demi ouvert et… Monsieur a commencé à manger ! Ouf !
Je m’approche de sa cage, je lui parle : il me regarde et se remet à manger alors que je suis en face de lui : c’est bon signe.
La suite ?
Dans les heures qui ont suivi, Yaho avait deux grands yeux ronds ouverts sur son nouveau monde, il s’est mis à manger… non pas dans son ancienne mangeoire, mais dans la nouvelle que j’avais disposée tout près du perchoir qu’il ne quittait pas pendant les deux premiers jours.
Bien entendu, le projet de visite chez le vétérinaire a été annulé, et Monsieur Yaho a commencé à faire le pitre dans sa cage.
Puis, devant son insistance pour sortir, j’ai cédé et lui ai ouvert la porte de sa cage.
Un Perroquet qui veut sortir de sa cage sait se faire comprendre même s’il ne prononce pas les mots des humains :
« ouvre-moi la porte ».
Yaho me regardait fixement, dansait d’une patte sur l’autre, le cou tendu vers moi, et je vous assure que son regard en disait long sur son désir de sortir.
Alors j’ai ouvert la porte de sa cage, un matin à l’heure du petit déjeuner.
Comme la pièce où est sa cage n’est séparée de la salle manger que par une grande porte vitrée coulissante, j’ai aussi ouvert la porte vitrée.
Il n’a pas fallu longtemps pour que Yaho se retrouve les deux pattes sur la table !
Comme il adore les arachides, j’avais déposé une boîte, dedans, des arachides et leur coquille, mais aussi des bouchons multicolores de bouteilles en plastique.
Les perroquets ont l’œil vif et le regard rapide : immédiatement Yaho a vidé la boîte : les capsules colorées envoyées d’un coup de bec précis bien loin hors de la table, et bien sur les arachides mangées.
Puis Yaho a décidé de débarrasser la table : couteaux, cuillères et même assiettes auraient pu se retrouver sur le sol si je n’étais pas intervenue.
Depuis, Yaho sort souvent de sa cage, vient squatter notre table, visite nos assiettes, choisit ce qu’il aime, laisse le reste, et veut toujours faire un nettoyage par le vide : c’est probablement l’un des points essentiels où lui et moi ne sommes pas d’accord du tout !
Après deux semaines de sa nouvelle vie, Yaho s’est remis à parler, il apprend de nouveaux mots et nous fait bien rire parfois.
J’ai raconté ici cette histoire pour bien montrer que les perroquets sont des êtres intelligents et sensibles, et que tous ne réagissent pas de la même manière aux évènements et aux changements.
Sur les trois perroquets que j’avais ramenés à la maison, il y avait deux Gris, et le second, qui inquiétait beaucoup mon ami, s’est adapté tout de suite, même si, au contraire de Yaho, celui-ci, Ti Coco, un vieux pépère, s’est mis à manger sans arrêt les premiers jours : encore un phénomène de stress : il n’est pas normal qu’un perroquet se goinfre sans arrêt.
Lui aussi s’est calmé, mange maintenant normalement, parle, joue et participe comme il l’entend à notre vie de famille.
Chaque perroquet est différent, chaque perroquet a son seuil de tolérance, chaque perroquet a sa manière à lui de gérer ses émotions, et chaque perroquet, bien sur, a son caractère propre.
Il faut simplement l’observer, apprendre à le connaître et lui donner du temps pour prendre ses marques et respecter son rythme d’adaptation.